Hommage à Jean-Claude Nourissat

Hommage à Jean-Claude Nourissat

par Patrick de Rahm

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C'est en décembre 1978, que par le plus grand des hasards, j'ai rencontré Jean-Claude Nourissat, pendant une escale à Manaus, Brésil, lors d'un dîner dans un restaurant auquel nous avait conviés le Dr Jacques Géry, le grand spécialiste français des Characoïdes.


Du Pérou au Var
Quelques mois plus tard, Jean-Claude nous rendait visite au Pérou, alors qu'il passait par Lima, à l'occasion d'un voyage en Amazonie péruvienne. Puis dans les années qui suivirent, je le revoyais à quelques reprises lors des séjours estivaux que je faisais avec ma famille dans le Var. C'est ainsi qu'au début des années 80, Jean-Claude me fit visiter son installation d'élevage de discus qu'il avait installée dans le sous-sol de l'immeuble toulonnais où il vivait à l'époque. Jean-Claude était alors considéré à la fois comme le meilleur dentiste de Toulon et le meilleur éleveur de discus en France. Un soir alors que nous l'avions invité pour dîner au Layet, la maison de Cavalière où nous passons chaque été quelques semaines de vacances, Jean-Claude nous fit le plaisir d'amener une amie, Nicole, qui devait devenir sa femme et l'accompagner dans la plupart de ses voyages. C'est aussi chez Nicole, à Solliès, que Jean-Claude devait venir vivre par la suite et construire sa magnifique installation d'aquariums pour y héberger ses cichlidés d'Amérique Centrale, qui après les discus étaient devenus sa nouvelle passion.

Et l'aventure commença...
Au début 1987, Jean-Claude m'invitait pour la première fois à participer à un de ses voyages pour aller chercher des Cichlidés au Mexique.
Je devais immédiatement comprendre ce que signifiait voyager avec Jean-Claude ! Après avoir récupéré l'encombrant matériel de pêche (laissé d'une année à l'autre chez des amis mexicains) et loué un minibus, nous quittions, Nicole, Jean-Claude et moi, la capitale à 3 heures du matin et prenant alternativement le volant, parcourions sans presque jamais nous arrêter plus de 1500 km, jusqu'à Nututun, au Chiapas, l'état le plus méridional du Mexique. Là, arrivés aux environs de minuit, nous devions encore dans une obscurité totale, chercher des arbres qui convenaient pour installer nos hamacs, avant de prendre un repos bien mérité. Heureusement, j'avais déjà dormi dans un hamac!
Les jours qui suivirent, nous avons sillonné les états du Chiapas et de Tabasco en tous sens, faisant de belles découvertes, comme le Cichlidé d'argent qui par la suite devait prendre le nom de Vieja argentea. Puis, nous sommes remontés sur Mexico en passant par la côte pacifique et, de là, nous nous sommes rendus encore plus au nord, jusqu'à San Luis de Potosi, parcourant un total de plus de 10 000 km.
L'année suivante devait être celle de notre premier voyage au Guatemala, un pays qui tant par ses poissons, ses paysages, ses sites archéologiques et ses habitants, devait nous enchanter. Nous y sommes revenus plusieurs années de suite. Hélas, ce beau pays est aujourd'hui devenu assez dangereux. Lorsque douze ans plus tard, nous y sommes retournés en mars dernier, Jean-Claude et ses passagers (je n'étais pas à bord à ce moment-là) devaient échapper de justesse, en plein centre de la capitale, à une attaque à main armée de notre minibus qui aurait pu avoir de très graves conséquences. Relevons tout de même que ce fût le seul incident du genre dont nous ayons eu à pâtir au cours de nos nombreux voyages et presque partout, nous n'avons rencontré que des gens très accueillants et prêts à nous aider dans nos recherches.
Au cours des années suivantes nous avons visité tous les pays d'Amérique Centrale, à l'exception du Salvador, et poussé jusqu'en Colombie que nous avons en partie parcourue en 1994. Avec le Guatemala, c'est le Panama que nous avons le plus apprécié, car nous y avons trouvé de belles régions totalement inconnues des touristes et jamais prospectées, comme un secteur de la côte caraïbe qui, n'ayant pas de route, n'a pu être visité qu'en passant par la mer. La faune ichtyque de ce pays, mélange d'éléments d'origine sud-américaine et centre-américaine, avec de nombreuses espèces endémiques, est extrêmement intéressante et riche : nous en avons ramené plusieurs espèces de Cichlidés nouvelles, comme Tomocichla asfraci, Cryptoheros nanoluteus et C. altoflavus.

Trouver les derniers Cichlidés de Madagascar
A la fin des années 80, pendant nos voyages en Amérique centrale, nous avons commencé à discuter de l'éventualité de nous rendre à Madagascar. Nous savions que cette grande île, aussi étendue que la France et le Benelux réunis et renommée pour sa faune et sa flore hautement endémiques, comptait des espèces indigènes de Cichlidé dont si l'une d'entre elles, le Paratilapia polleni, était bien connue (du moins, nous le croyions à l'époque !), les autres étaient pratiquement inconnues des aquariophiles. Mais les échos qui nous parvenaient d'expéditions récentes d'aquariophiles à Madagascar étaient très décourageants, certaines équipes n'ayant même pas été capables d'y trouver un seul Cichlidé indigène vivant, ces derniers paraissant avoir presque totalement disparu de l'île.
Cependant, lorsqu'en décembre 1990 Jean-Claude m'annonça qu'il avait pris des contacts à Madagascar, où il comptait se rendre avec un ami le mois suivant, et qu'il me demanda si je voulais me joindre à eux, j'acceptai immédiatement. Je lui fis néanmoins remarquer que le mois de janvier n'était pas la meilleure époque de l'année pour aller à Madagascar, car pendant la saison des pluies, qui devrait y battre son plein, les déplacements à travers l'île pouvaient être très difficiles et la pêche impossible. Il me répondit que cela n'était pas grave et que même si nous ne pouvions ramener des poissons, il considérait ce court voyage, une douzaine de jours, comme une mission exploratoire destinée à nous rendre compte s'il valait la peine d'y retourner pour un plus long séjour.
Quand nous arrivâmes à Madagascar en janvier 1991, les pluies n'avaient pas encore débuté, nous pûmes sans aucune difficulté nous rendre tant sur la côte est que dans le nord-ouest jusqu'à Ampijoroa et en une dizaine de jours, bien que déjà très rares, nous réussissions à obtenir 5 des 9 espèces de Cichlidés malgaches alors connues. Fort de ce succès, nous retournions à Madagascar en octobre de la même année et y capturions les premiers exemplaires de deux nouvelles espèces de Paretroplus : le lamena (P. nourissati) et le menarambo (P. menarambo). L'année suivante, 1992, nous faisions la connaissance d'un nouveau chauffeur, Jean Gilbert Andriamianamihaja qui devait devenir un collaborateur très précieux et dévoué avec lequel nous devions faire tous nos voyages ultérieurs et qui se lia d'une profonde amitié avec Jean-Claude.
En avril 1995, au retour d'un voyage très réussi au Panama, Jean-Claude, terrassé par la maladie et en partie paralysé, échappait de peu à la mort. Il n'y eut donc plus de voyage pour Jean-Claude cette année-là. Sa convalescence fût longue et il garda toujours des séquelles de cette maladie attribuée à une bilharziose. Cependant, dès octobre 1996, il repartait pour Madagascar. Je ne pouvais pas l'accompagner, car croyant qu'il ne serait pas suffisamment rétabli pour un tel voyage, j'avais de mon côté organisé un voyage en Australie. Son courage devait être récompensé par la découverte de deux belles espèces: le tsimoly (P. tsimoly) et le Paretroplus sp. de la Maevarano.
Nous devions encore faire trois voyages à Madagascar ensemble : en 1998, nous visitions le Sud-Est ; en 1999, le Nord et le Nord-Ouest ; en 2001, à nouveau le Nord-Ouest et si le mystérieux damba rouge (Paretroplus sp.) des lacs de l'Ikopa ainsi que de la Betsiboka nous échappa, toujours, nous devions chaque fois rapporter de nouveaux poissons de ces voyages. Cette année (2003), un petit ennui de santé me contraignit au dernier moment à renoncer à une nouvelle expédition à Madagascar et c'est ainsi que Jean-Claude partit sans moi pour ce qui devait être son dernier voyage.

Avec Jean-Claude, la recherche des Cichlidés, c'était aussi une aventure humaine unique
Tous ces voyages ont toujours été faits avec un minimum de frais puisque nous ne descendions dans des hôtels que quand nous ne pouvions faire autrement, et dormions d'habitude, soit dans nos hamacs (en Amérique Centrale), soit dans une petite tente ou notre véhicule (à Madagascar). Notre seul luxe était ce moyen de locomotion, ou à l'occasion un bateau, indispensables pour nous rendre aux lieux de pêche et pour transporter le matériel ainsi que les poissons. En Amérique Centrale, surtout dans les zones relativement développées, il était parfois difficile de trouver un lieu adéquat, si possible un toit, pour suspendre nos hamacs. Mais nous avons toujours fini par dénicher un endroit et rares ont été les fois où nous n'avons pas été autorisés à nous installer. La plupart des gens auxquels nous nous sommes adressés étaient certes étonnés de notre demande, mais cela ne les empêchait de l'accepter et de se montrer très hospitaliers. A Madagascar, où les hôtels dignes de ce nom ne se rencontrent guère que dans les lieux touristiques et quelques villes, cela nous permettait de rester sur les lieux de pêches souvent fort éloignés et difficilement accessibles. Ainsi nous pouvions travailler avec les pêcheurs ce qui était indispensable pour rapidement mettre à l'abri les rares Cichlidés indigènes qu'ils ramenaient dans leurs filets. Surtout cette manière de voyager nous a permis de sortir des chemins battus et d'accéder même à des endroits où personne ne se souvenait d'avoir vu passer un Blanc. Si la découverte d'espèces nouvelles, parfois très belles, ont été des temps forts de ces voyages, les péripéties qui les accompagnaient, sont toutes aussi présentes dans ma mémoire. Le fait que nous venions chercher des poissons et pas en simples touristes curieux, nous a permis d'avoir des rapports beaucoup plus étroits avec les autochtones et en particulier avec les pêcheurs locaux. Si nous avons parfois obtenu de meilleurs résultats que d'autres équipes, surtout à Madagascar, c'est parce que nous avons toujours recherché la collaboration de la population locale et que Jean-Claude par son charme et son énergie rayonnante se faisait des amis partout. A Madagascar, cela n'aurait pas été possible sans l'assistance de notre ami Jean qui avait une véritable vénération pour Jean-Claude, à tel point que plusieurs fois il est parti seul, parfois au péril de sa vie, pour aller lui chercher des poissons. Il est vrai que Jean-Claude avait énormément fait pour aider Jean et que sa disparition est une perte très dure pour Jean et sa famille.

Son énergie n'avait d'égal que sa gentillesse
L'incroyable énergie déployée par Jean-Claude au cours des quelques 25 voyages que nous avons faits ensemble, restera toujours dans ma mémoire comme un des traits les plus frappants de son caractère. Il voulait profiter à fond du temps disponible, toujours trop court selon lui et s'accordait rarement un instant de repos. A Madagascar, où les distances sont longues et les sites de pêche éloignés les uns des autres, nous roulions souvent de nuit pour couvrir des centaines de kilomètres et disposer d'un peu plus de temps pour la pêche. Excellent plongeur, doté d'une acuité visuelle exceptionnelle, tant sur terre que sous l'eau, il pouvait rester immergé des heures, de jour comme de nuit, pour traquer ses Cichlidés dans leur élément. Le maniement des lourds filets était aussi très fatigant et plusieurs fois j'ai dû demander grâce. Quand des poissons étaient capturés, il fallait rapidement les conditionner pour le transport et ensuite, il fallait chaque jour s'arrêter près d'une rivière, décharger les caisses, changer l'eau ainsi que l'oxygène de tous les récipients contenant des poissons. Enfin, quand il lui restait un moment ou qu'il se présentait une scène intéressante, Jean-Claude se ruait sur sa caméra et c'est ainsi qu'il a produit les remarquables films sur ses expéditions qui ont fait le bonheur de tant d'aquariophiles. Parfois son énergie n'arrivait pas à totalement masquer sa fatigue, d'autant plus qu'il ne s'était jamais complètement remis de sa maladie de 1995, mais en toutes circonstances, Jean-Claude gardait le sourire et ne perdait jamais sa bonne humeur.
Je ne parlerai pas ici des nombreuses activités de Jean-Claude quand il n'était pas en voyage, car d'autres sauront le faire sans doute mieux que moi. Mais ce qui est sûr, c'est qu'une fois de retour chez lui, loin de prendre du repos, il redoublait d'activité et ce n'est pas pour rien que sous sa présidence, l'Association France Cichlid est devenue l'une des plus importantes sociétés aquariophiles du monde.

D'abord un ami
Sur un plan plus personnel, Nicole et Jean-Claude au fil des années étaient devenus des grands amis de ma famille. Chaque été mes petits-enfants se réjouissaient de passer une après- midi à Solliés, de nager avec les poissons dans le bassin et le grand aquarium, de nourrir les canards et cet été, le jacuzzi avait fait un vrai tabac. Quand ils ont appris la mort de Jean-Claude, même les plus jeunes ont été très frappés et ont demandé à leur mère ce que les poissons et les canards allaient devenir sans lui... Nicole et Jean-Claude venaient à nos anniversaires, à nos mariages. Ces liens avaient été grandement renforcés par la réussite en février 2001 d'un voyage à travers la fabuleuse Inde du Sud que la « paire Nourissat » avait fait en compagnie de cinq « de Rham ». Bien que ce voyage ait été avant tout touristique et que nous n'ayons certainement pas consacré plus de 10% de notre temps à la pêche, nous n'en avions pas moins collecté plusieurs espèces de poissons dont les trois Cichlidés indiens connus : Etroplus suratensis, E. maculatus et le rare E. canarensis. Enfin en novembre de l'année passée nous étions ensemble en Polynésie sur le bateau de mon frère, autre merveilleux souvenir.
Nous avions plein de projets d'avenir. Nous espérions retourner à Madagascar, bien sûr, mais nous projetions aussi d'aller sur le Rio Negro, au Venezuela, de plonger dans les eaux de la Baja California, de naviguer avec mon frère dans le grand lagon de la Nouvelle-Calédonie et après l'Inde du Sud, de connaître aussi l'Inde du Nord. Mais le sort ne l'a pas voulu ainsi et maintenant, je dois m'habituer à ne plus faire de projets avec Jean-Claude, ce qui est difficile.
Mais ma peine aussi grande soit-elle, n'est rien en comparaison du chagrin de sa femme Nicole, des ses filles, de sa mère et de toute sa famille. Alors j'essaye de me consoler en me disant que Jean-Claude a fait jusqu'au bout ce qu'il aimait le plus au monde : chercher des Cichlidés dans la nature pour pouvoir les ramener vivants à ses amis aquariophiles. Je pense aussi que j'ai eu une chance incroyable de rencontrer Jean-Claude et de devenir son ami. Grâce à lui j'ai fait des voyages que personne ne fera probablement jamais plus. J'ai encore connu des poissons, des paysages, des gens qui vont irrémédiablement disparaître ou changer. Je garderai toujours le souvenir du courage, de l'enthousiasme ainsi que de la gentillesse de Jean-Claude, et je lui resterai à jamais reconnaissant de m'avoir offert amitié qui, au cours de ces nombreuses années, n'avait fait que croître.

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Photographiés par Patrick de Rham devant une case malgache en 1999, Jean et Jean-Claude entourent Fely, le fils adoptif et assistant du premier. Fely, très serviable, prenait grand soin des poissons collectés au cours du voyage.

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Vieja argentea est un Cichlidé qu'il a découvert en Amérique centrale. Ce fameux Cichlidé d'argent a été le héros de l'un des films qu'a réalisé Jean-Claude. Chaque expédition était ponctuée d'un reportage. Ces films ont fait la joie de tous les clubs et associations aquariophiles. C'était une manière de partager ses voyages. Au printemps 2004, il devait organiser un séjour avec quelques amis sur le lac Nicaragua pour pêcher ces fameux "citris" aux couleurs étonnantes, qu'il avait traqués depuis plusieurs années tout autour du lac.

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Très proche, mais néanmoins différent de C. nanoluteus par des détails de sa morphologie et de sa coloration, Cryptoheros altoflavus vit dans le Rio Caña qui coule vers la Mer Caraïbe à quelques dizaines de kilomètres à l'est du Rio Guarumo, au Panama. Nous avons découvert cette espèce en 1995, lors de notre première exploration d'un secteur de la côte atlantique du Panama qui ne peut être visité qu'en passant par la mer et en entrant dans les estuaires avec un bateau, car il n'est desservi par aucune route.

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Cryptoheros spilurus "Yojoa". Une population géographique, ou espèce très proche, de C. spilurus qui a presque disparu du lac Yojua (Honduras) colonisé par le black bass, prédateur introduit d'Amérique du Nord.

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Une de nos plus belles découvertes à Madagascar, le lamena, Paretroplus nourissati. Ce poisson vit dans le centre-nord de l'île près de Mandritsara. Il prend une magnifique couleur orange au moment de la reproduction qui a été réussie la première fois chez Patrick de Rham en juin 1993. Chez cette espèce, c'est le mâle, ici au deuxième plan, qui prend à sa charge la garde rapprochée et les soins des oeufs (ici attachés sous une souche) et des larves. Cependant il laisse la femelle s'approcher si elle le désire et elle partagera avec le mâle la garde des jeunes devenus mobiles.

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Jean-Claude était un grand plongeur et n'avait pas son pareil pour repérer les poissons sous l'eau. Chaque fois qu'une rivière ou un lac était assez clair, il s'y précipitait et à travers son masque faisait un premier inventaire des Cichlidés qui s'y trouvaient. Ici il sort du Lac Yojua au Honduras, où il a réussi à retrouver un joli Cichlidé: Cryptoheros spilurus "Yojoa".


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Pêcher avec cette seine faite d'un filet très lourd devient vite fatiguant. Mais c'est le seul engin de pêche efficace et suffisamment solide pour être employé là où il y a de la boue, des plantes aquatiques et des obstacles de toute sorte, comme cela est généralement le cas dans les endroits les plus intéressants! Ici Jean-Claude et Jacques Blanc pêchent des A. spinosissimus et d'autres Cichlidés, à l'embouchure d'un marigot dans le Lac Izabal, au Guatemala.


Article publié dans la revue AQUA Plaisir numéro 85 (2004).

Article publié sur ce site avec l'aimable autorisation de son auteur.
Qu'il en soit ici remercié très sincèrement.

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