La Martinique

La Martinique

par Sébastien Métrailler

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L'aquariophile en vacances à parfois tendance à organiser ses voyages en fonction de sa passion ce qui n'est pas toujours compatible avec les désirs des autres participants.... Confronté à ce dilemme, j'ai testé pour vous la Martinique. Cette île des Antilles françaises a tous les atouts d'une destination de rêve. En plus, sa faune piscicole principalement marine, mais aussi d'eau douce est capable de satisfaire nos aspirations d'aquariophiles en voyage.

Une île volcanique
L'île de la Martinique est constituée par un massif volcanique dominé par la montagne Pelée. L'île s'étend sur 1100 km carré recouverts de végétation tropicale et rythmés par deux saisons principales: la saison sèche de décembre à mai et la saison des pluies de juin à novembre. Parallèlement au tourisme, l'économie est orientée vers l'exploitation de la canne à sucre et de la banane.

Le programme du jour
L'objectif principal de mon voyage en Martinique est la détente et le repos. L'aquariophile que je suis devra donc rester discret mais ne sera pas absent. Le matériel emporté est léger: pour l'observation de la faune marine palmes, tuba, masque et appareil de photo sous-marin jetable suffiront pour découvrir les fonds marins. Je renonce à ramener des animaux marins, car les contraintes sont trop importantes. J'ai par contre l'intention de ramener quelques poissons d'eau douce et j'apporte donc dans mes bagages deux filoches, deux bouteilles en plastique et un sac isothermique. Mon séjour sur l'île aux fleurs durera deux semaines et comme je ne veux pas installer des récipients pour maintenir les poissons péchés, je décide d'attendre le dernier jour pour capturer les animaux. En attendant ce moment, je consacre environ une heure par jour pour plonger avec masque et tuba.

Bâteau à fond de verre
La côte est de l'île bordant l'océan atlantique est restée très sauvage par rapport aux régions ouest baignant dans les mer des Antilles qui sont beaucoup plus développées pour le tourisme. Dans cette partie de l'île, il est possible de s'embarquer sur des bateaux à fond de verre qui permettent à tous de découvrir les fonds marins. Je me suis embarqué sur l'un de ces bateaux "Aquascop" pour une virée durant laquelle il était prévu une halte d'une heure permettant aux passagers de plonger avec masque et tuba autour du bateau. C'est une sortie intéressante pour tout public et particulièrement pour ceux qui profitent de l'heure de plongée. Les autres plongées que j'ai effectuées l'ont été dans des criques composées d'amas rocheux où se concentre la plupart des animaux.

Poissons observés
Voici quelques espèces que j'ai eu l'occasion d'observer et le temps d'identifier le long des côtes de l'est, du sud et du sud-ouest de l'île: Orphie (Tylosurus sp. ou Platybelone sp.), poisson ange français juvénile (Pomacanthus paru), plusieurs espèces de Girelles (Halichoeres sp. et Thalassoma bifasciatum), poisson carinal (Holocentrus sp. et Myripristis jacobus), chirurgien rayé (Acanthurus chirugus), chirurgien noir (Acanthurus bahianus), Chirurgien bleu en phase adulte et en phase juvénile (une couleur jaune) (Acanthurus coeruleus), ange royal juvénile (Holocanthus ciliaris), plusieurs espèces de Blennies, des poissons demoiselles (Abudefduf saxatilis, Chromis mutilineata, Stegastes leucostictus et Microspathodon chrysurus), Chevalier ponctué (Equetus punctatus), papillon pyjama (Chaetodon striatus), rouget volant (Dactylopterus volitans), des poissons-perroquet (Sparisoma sp. et/ou Scarus sp.), poissons crapaud (Antennarius multiocellauts), rouget (Pseudupeneus maculatus) et un barracuda (Sphyroena barracuda).
Les espèces suivantes n'ont été observées que dans la mer des Antilles: poisson-trompette (Aulostomus maculatus), poissons lime (Cantherbines pullus), papillon kat zié (Chaetodon capistratus), demoiselle bleue (Chromis cyanea), carrelet tropical (Bothus lunatus), jeune mérou, poisson-coffre. L'identification de la plupart des poissons a été faite grâce à l'ouvrage "Guide des poissons coraliens des Antilles" de Christine & Lionel Parle.

Photos sous-marines
Afin d'immortaliser ces rencontres sous-marines, j'ai utilisé mes appareils jetables Kodak. Parmi les deux films de 24 poses que j'ai réalisés, il y a quelques images que je trouve d'une qualité tout à fait honnête compte tenu du prix de ce type d'appareil. Le rapport qualité/prix des appareils jetables est en effet acceptable pour ceux qui désirent voyager léger. Le principal inconvénient de ce système est l'absence de flash mais pour bénéficier d'un appareil photo étanche avec flash il faut compter avec un investissement de 15 à 40 fois supérieur...

Et les poissons d'eau douce?
Trois jours avant le départ, je décide enfin de visiter quelques biotopes d'eau douce. Pour ce faire, je profite de quelques jours durant lesquels j'avais prévu de visiter l'île en voiture de location. C'est la saison sèche et le niveau des cours d'eau est bas. Malgré l'abondance des biotopes aquatiques, la Martinique n'est pas très riche en poissons d'eau douce. Durant mes observations faites au hasard des rivières ou plans d'eau atteignables depuis une route, j'ai pu observer des Guppies, ainsi que d'autres espèces de poissons vivipares (probablement des Gambusies et des xiphos) et des chichlidés d'origine africaine (Orechromis mossambicus). On peut d'ailleurs remarquer que dans les zones peuplées de ces tilapias, aucune autre espèce de poissons ne semble y vivre...
D'autres espèces non identifiées ont été également observées, comme notamment un poisson ressemblant à un gobie de 3 à 6 cm de long qui possède une grande nageoire pelvienne à l'aspect un peu rougeâtre et qui a l'habitude de se poser sur les pierres. On peut également rencontrer sur l'île deux espèces de rivulus (Rivulus cryptocallus et R. marmoratus) qui fréquentent des biotopes d'eau stagnante souvent boueuse, que je n'ai pas désiré explorer durant mon séjour.

La pêche
Au terme de deux jours de prospection, j'ai fait le choix de la rivière dans laquelle je viendrais pêcher quelques vivipares le jour même de mon retour. Il s'agit de la rivière Beauregard, à la sortie sud de "Le François". Le point d'eau est d'accès très facile depuis la route, le niveau de l'eau et bas et j'ai pu observer de nombreux poissons dont certains présentaient une belle coloration rouge. Le matin de mon départ je me rends donc sur le lieu de pêche et tente de capturer quelques spécimens à l'aide de mes deux filoches. La méthode n'est pas très efficace car les poissons sont très vifs, particulièrement les plus beaux spécimens aux reflets rouges que j'aimerais bien capturer ! Finalement après une heure de pêche, je dois plier bagage en me satisfaisant de mon butin composé d'une vingtaine d'alevins et de sub-adultes appartenant à des espèces que je n'ai pas pu identifier. Les poissons sont placés dans des bouteilles en plastique de 1 litre ou 1 litre 1/2 remplies à 1/3 d'eau. Dans chaque bouteille sont placés 3 sub-adultes ou 7 à 8 alevins. Deux bouteilles sont placées dans mon sac à dos qui voyagera en cabine avec moi et les autres sont emballées dans le sac isothermique et voyageront en soute dans ma valise.

Le retour
A mon arrivée à l'aéroport de Genève, en attendant la livraison de mes bagages, je vérifie l'état de santé des poissons que je transporte avec moi. Ces derniers se portent très bien. Soudain, j'apprends que nos bagages ne se trouvaient pas dans notre avion ! L'employé de l'aéroport ne parvient même pas à me dire où se trouve actuellement ma valise transportant le reste de mes poissons, sont-ils encore en Martinique ? "Votre valise vous sera livrée dès que possible à votre domicile" me dit l'employé. Ne pouvant rien faire de plus, je rentre chez moi où je peux enfin libérer les 6 poissons sub-adultes dans un aquarium, après un voyage qui aura duré 24 heures. Comme promis, ma valise m'est livrée à mon domicile, mais le lendemain après-midi. Une fois livrée, je m'empresse de déballer les bouteilles d'un litre contenant les poissons: ils sont tous en vie et il ont même l'air en bonne forme. Cela fait pourtant 43 heures qu'ils sont enfermés dans leur bouteille et ils ont voyagé en soute, ainsi que par la route en plein mois de février ! Après quelques semaines de croissance, il s'avère qu'il y a deux espèces de vivipares: une première qui n'a malheureusement pas pu être identifiée et dont les individus n'ont survécu que quelques semaines et des guppies. Ces derniers se sont montrés très résistants et d'un caractère bien plus trempé que les spécimens d'élevage proposés dans le commerce. Les adultes semblent toutefois avoir une durée de vie assez courte, d'une année environ. Leur taille est modeste: la femelle atteint 2 cm et le mâle 1,5 cm environ. Leurs couleurs sont évidemment bien moins belles, mais leur comportement est très intéressant. Ils ont été placés dans des petits bacs plantés d'une trentaine de litres et ils se sont montrés aussi résistants dans de l'eau douce que dans l'eau dure.

La législation
En Suisse, les poissons d'ornement ne sont pas soumis à la formalité d'un permis d'importation et sont exemptés de la visite vétérinaire, pour autant qu'il ne s'agisse pas de poissons protégés par la convention CITES (renseignement auprès de la Direction des douanes de Genève si nécessaire).

Conseils de voyage
L'île de la Martinique est très bien desservie par les compagnies aériennes françaises au départ de Paris. Pour le lieu de résidence vous avez le choix entre la côte sud / sud-ouest (Mer des Antilles) très touristique, composée de plages de sable fin et de toutes les animations nécessaires à la vie des stations balnéaires. Vous pouvez également opter pour la côte est (Atlantique) qui est restée plus sauvage. Dans cette partie de l'île, les côtes rocheuses sont entrecoupées de criques beaucoup mois fréquentées que les plages du sud. Dans tous les cas, il est presque incontournable de consacrer quelques jours à parcourir en voiture les différentes parties de l'île, notamment pour visiter la forêt d'altitude avec vue sur la Montagne Pelée qui a malheureusement souvent la tête dans les nuages.

Article publié dans la revue Aquarium Magazine numéro 175 (2000).

Copyright © 2004
www.altivelis.ch - Sébastien Métrailler


Article publié sur ce site avec l'aimable autorisation de son auteur.
Qu'il en soit ici remercié très sincèrement.

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